dcsimg


Header image for news printout

La médiation sociale, un projet de société pour l’Europe

CreE.A Creation d’un espace européen pour la médiation pour l’inclusion sociale

Journées européennes de la médiation sociale

« La médiation sociale : un projet de société pour l’Europe »

Discours d’ouverture

Paris

9 Octobre 2019

 

Discours d’ouverture

Birgit Van Hout

Représentant régional pour l’Europe

Bureau régional des Nations Unies pour les droits de l’homme en Europe

 

Messieurs Commelin et Marzouki,

Représentants des institutions territoriales et nationales,

Professionnels de la médiation sociale,

Chercheurs et formateurs,

Mesdames et Messieurs,

 

Au nom du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, je suis enchantée d’être parmi vous aujourd’hui et je remercie chaleureusement les organisateurs qui m’ont convié à cet échange.

Lorsque des experts se sont réunis à Créteil en 2000, ils ont défini le terme « inclusion sociale » comme « un processus de création et de réparation du lien social et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et indépendant tente, à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions, de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose. »

Comme votre projet, mais à l’échelle internationale, les Nations Unies ont été créés comme un espace de dialogue et de règlement de conflits entre les Etats. L’impartialité est notre ADN et la médiation entre Etats ou entre acteurs non-étatiques est un de nos instruments. J’irais même jusqu’à dire que la médiation entre parties en conflit est un outil clef de l’action politique des Nations Unies.

La médiation est trop souvent considérée seulement comme un moyen de résoudre des conflits déjà existants. Cependant, elle revêt un potentiel énorme pour la prévention de conflits. Si je suis ici aujourd’hui, c’est aussi parce que le Secrétaire-général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé à toutes les agences de l’ONU de s’investir davantage dans la prévention.

Mais comment prévenir les conflits ? La charte de l’ONU nous donne déjà quelques indices en déclarant que les droits humains constituent un pilier de l’organisation. Effectivement, le respect des droits de l’homme constitue le meilleur moyen préventif contre les guerres et l’oppression. Plus les droits humains seront respectés, moins il y aura des conflits et des violations des droits humains.

C’est le cas à votre niveau également. Plus vous œuvrez pour que la dignité et les droits de chacun et chacune soit garanties, moins il se produiront des tensions et des situations d’exclusion. Médiateurs sociaux, vous êtes donc, en quelque sorte, des promoteurs des droits humains sur le terrain.

Mais concrètement, ça veut dire quoi, promouvoir les droits humains ? Les droits humains sont énumérés en trente article dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que je vous conseille vraiment de prendre le temps de lire (copies disponibles). Cet agenda ambitieux a été adopté en 1948, et garantit à chaque individu des droits civiles, politiques, sociaux, économiques et culturels. En fait, ces 30 articles énumèrent les conditions pour une vie digne et une société inclusive. Tristement, si nous devions renégocier ce texte à l’Assemblée générale, il ne serait peut-être plus possible d’obtenir un consensus international sur ces droits.

Nous n’avons pas le temps aujourd’hui d’analyser en profondeur la déclaration universelle des droits de l’homme, mais je voudrais vous conseiller de l’utiliser comme une boussole dans votre travail. J’attire votre attention particulière sur l’article premier qui déclare que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et sur l’article deux qui prévoit que chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés dans la déclaration sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

En fait, le principe de la non-discrimination est la pierre angulaire des traités internationaux des droits humains. Le contraire de la discrimination, c’est l’égalité, mais c’est aussi l’inclusion. Car quelle est l’égalité réelle pour un enfant issue de l’immigration ou de la minorité Rom qui se retrouve dans une école ségrégée ? Quelle est l’égalité réelle pour les personnes vivant avec un handicap qui se trouvent confinés à des institutions, sans accès à l’enseignement ensemble avec des personnes non-handicapés ? Où se trouve l’égalité lorsque les quartiers sont ségrégés par revenu ou ethnicité ? L’égalité substantive requiert qu’il y ait inclusion. En tant que médiateurs pour l’inclusion sociale, vous fais donc un apèl à vous d’être non seulement des promoteurs des droits humains, mais également des défenseurs des droits humains.

Les objectifs du développement durable (ODD) nous interpellent d’ailleurs de ne laisser personne pour compte – tout l’agenda, qui d’ailleurs est un agenda universel qui s’applique en Europe comme dans le reste du monde – demande aux états dans son préambule de mettre en œuvre les ODD en respectant le principe « leave no one behind ». L’agenda 2030 va même plus loin et nous demande de commencer par relever la personne la plus laissés pour compte.

Cependant, en Europe comme ailleurs nous constatons des inégalités croissantes et nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour arriver à des sociétés inclusives. L’agenda 2030 nécessite un partenariat entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile. Cette coopération entre différents acteurs, aux niveaux local, régional, national et international, constitue un ingrédient essentiel pour la réalisation des objectifs du développement durable et je vous encourage d’inscrire votre projet de médiation sociale dans cette logique.

Mesdames et Messieurs,

Le dialogue interculturel est essentiel pour éviter l’exclusion des personnes sur la base de leur identité ethnique, culturelle ou religieuse. Il permet de trouver la force dans la diversité au lieu de la percevoir comme un obstacle. Nous avons besoins de vous, médiateurs sociaux, pour nous aider engager tant la majorité comme les communautés minorités dans ce dialogue.

Les droits de l’homme constituent des obligations juridiques et sont donc contraignant. Mais, ils constituent également une philosophie de vie. Ainsi, il incombe à chacun de nous d’agir pour un monde où chacun donne et reçoit de la dignité et du respect. En fait, la déclaration des droits de l’homme nous demande d’agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Qu’est-ce cela signifie de nos jours ? Face à la fracture que nous observons en Europe, la fraternité commence par de très petits pas. La médiation sociale qui obéit à une logique du « bas vers le haut » s’intègre aussi parfaitement dans cette logique.

J’aimerais dire quelques mots sur la participation, qui est essentiel dans toute société démocratique. Dans une Europe mise à l’épreuve par des polarisations croissantes et le rejet de celle ou celui considéré comme différent, nous n’avons pas seulement besoin de plus de prévention, mais également de plus de participation. Renforcer les liens sociaux, le dialogue entre différents groupes, ainsi qu’entre les institutions et la population, constitue un modèle. La participation active des gens à la vie en société ainsi qu’à la vie politique est indispensable. L’inclusion des citoyens et résidents dans les processus de délibération et de prise de décision augmente les chances d’une mise en œuvre efficace des décisions prises ainsi que de la résolution des doléances par des moyens pacifiques.

Je voudrais féliciter les acteurs du projet CreE.A et les représentants du Consortium qui donnent vie à la notion de la médiation sociale dans de nombreuses villes européennes. Vous prouvez qu’une communication authentique, sans préjudice et inclusive, est possible. D’un point de vue du droit international, et s’appuyant sur le double principe de l’égalité et de la non-discrimination, la médiation sociale devrait donc être considéré comme une bonne pratique.

Mais ceci ne peut constituer un prétexte pour l’Etat de ne pas agir ou de sous-traiter sa responsabilité à des acteurs privés ou aux associations au but non-lucratif. L’Etat reste aux yeux du droit international le principal porteur d’obligations dans le domaine des droits de l’homme et se doit de se porter garant de la dignité de chacun. L’Etat est responsable de respecter, protéger et mettre en œuvre les droits de toutes les personnes relevant de sa juridiction et doit prendre des mesures positives en cas de discriminations de certains groupes et des injustices historiques.

Nous sommes confrontés à de nombreux défis – cela ne fait aucun doute. Les discours de haine, la rhétorique raciste et xénophobe, combinés avec la portée et la vitesse des messages transmis dans les réseaux sociaux, nous défient plus que jamais. Face à une intolérance croissante, vous, médiateurs sociaux, jouez un rôle clef, à privilégier le dialogue et à désamorcer les crises.

La liberté d’expression, derrière laquelle se cachent parfois des personnalités publiques, ne peut porter préjudice aux droits d’autrui. Tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l'hostilité ou à la violence doit être interdit par la loi.

Les hommes et femmes politiques ont une responsabilité particulière dans la lutte contre les discours de haine et l’intolérance. Les nouvelles technologies ont contribué de manière significative à l’amplification du discours de haine. De plus, il s’est produit une banalisation. Le politiquement incorrecte est redevenu à la mode. Mais, lorsque nous sommes politiquement incorrectes, c’est souvent au détriment du plus vulnérable.

Le moyen le plus efficace pour lutter contre les discours de haine n’est pas de se détourner de la politique, mais de renforcer les principes de la participation et des droits humains.

Mesdames et Messieurs,

La médiation sociale comprend des valeurs de changement positif. Premièrement, elle permet de garantir un accord productif, suite à l’échange des idées de manière inclusive et non-discriminatoire. De plus, elle sert d’outil à identifier rapidement les problèmes, avant qu’ils ne deviennent des conflits, portant ainsi une valeur préventive. Finalement, elle crée des espaces pour la diversité en tant que source de créativité et d’innovation.

Il ne me reste que de vous souhaiter un échange fructueux et d’enrichissantes discussions. Merci.